
Le Premier ministre Vladimir Poutine a martelé mercredi que la Russie n'accepterait aucune forme d'ingérence en Syrie, appelant les Occidentaux et la Ligue arabe à "ne pas se comporter comme un éléphant dans un magasin de porcelaine" dans ce pays allié de Moscou.
"Nous condamnons évidemment toute forme de violence d'où qu'elle vienne. Mais il ne faut pas se comporter comme un éléphant dans un magasin de porcelaine", a déclaré M. Poutine, un habitué des formules à l'emporte-pièce.
"Il faut laisser les Syriens décider eux-mêmes de leur sort", a insisté M. Poutine, au cours d'une rencontre à Moscou avec des dignitaires religieux.
Depuis le début en mars 2011 du soulèvement contre le régime syrien, qui a fait plus de 6.000 morts selon les ONG, la Russie s'oppose à toute ingérence, alors que les Occidentaux ne cessent de réclamer le départ du président Bachar al-Assad.
Le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov, de retour de Damas où il a rencontré le président syrien, a pour sa part indiqué que le sort de Bachar al-Assad devait être réglé par "les Syriens eux-mêmes" à l'issue de négociations entre le pouvoir et l'opposition.
Les entretiens avec M. Assad, jugés "très utiles" par M. Lavrov, sont intervenus après les veto de la Russie et de la Chine samedi à l'ONU à un projet de résolution du Conseil de sécurité présenté par les Occidentaux et des pays arabes condamnant la répression en Syrie.
Ce double veto sino-russe a soulevé l'indignation des Occidentaux et de plusieurs pays arabes et a été qualifié de "permis de tuer" par l'opposition syrienne. Moscou a dénoncé la réaction "hystérique" de l'Occident, considérant que la résolution aurait dû mettre sur le même plan les exactions du régime syrien et celles des "extrémistes" de l'opposition.
Dans la soirée, le président Dmitri Medvedev a appelé les partenaires de la Russie à "éviter des mesures unilatérales précipitées" en vue de résoudre la crise en Syrie, en particulier à l'ONU, lors d'un entretien téléphonique avec son homologue français, Nicolas Sarkozy, selon le Kremlin.
De son coté, M. Sarkozy a demandé au chef de l'Etat russe son "plein soutien" au plan de la Ligue arabe, afin de convaincre Bachar al-Assad de quitter le pouvoir, a rapporté la présidence française.
La Russie a fait savoir par le passé qu'elle était opposée à un scénario libyen en Syrie, un point sur lequel est revenu M. Poutine.
L'homme fort de la Russie a critiqué l'intervention de la coalition internationale dirigée par l'Otan en Libye, qui a conduit à la chute en octobre dernier du régime de Mouammar Kadhafi appuyé jusqu'au bout par Moscou.
Dans certaines villes de Libye qui soutenaient l'ancien régime du colonel Kadhafi "se produisent aujourd'hui de terribles exactions, mais personne n'en parle", a déclaré M. Poutine.
"Ce sont là les horribles conséquences des ingérences étrangères, avant tout militaires", a-t-il ajouté.
La Russie, membre permanent du Conseil de sécurité de l'ONU, s'était abstenue au moment d'un vote sur la Libye en mars 2011, ce qui a permis les frappes internationales contre les forces de Mouammar Kadhafi ayant conduit à la chute du régime.
Mais Moscou n'a eu de cesse par la suite de répéter que l'ampleur de l'intervention de l'aviation de l'Otan contre les troupes du colonel Kadhafi sortait du cadre de la résolution des Nations unies.
A trois semaines de l'élection présidentielle russe, pour laquelle M. Poutine fait figure de grand favori, "la Russie garde une position claire et ferme, dictée par les intérêts de l'Etat", a déclaré à l'AFP l'analyste Boris Dolgov.
Depuis la période soviétique, la Russie est un allié de la Syrie qui est le seul pays arabe à exclusivement acheter ses armes à Moscou.
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